La gestion de la sécheresse en 8 questions – réponses

Bien que la majorité de l’hexagone ait bien été arrosée par les pluies depuis la sécheresse sévère de l’été dernier, le printemps 2020 a particulièrement été doux et peu arrosé sur une grande moitié nord du pays. La vigilance est donc de rigueur sur ces secteurs où des assèchements et ruptures des écoulements ont déjà été observés fin mai sur certains cours d’eau de tête de bassin versant. La baisse des niveaux s’est accentuée en juin particulièrement dans le Nord-Est, dans le département du Gard et le long de la vallée du Rhône.
Comment survient le phénomène de sécheresse ? Comment est-il géré ? Quel est le rôle de l’OFB ? Tout comprendre en 8 questions/réponses.

Qu’est-ce que la sécheresse ?

La sécheresse définit l’état d’un environnement confronté à un manque d’eau significativement long et important pour qu’il ait des impacts sur la flore, la faune et la société. Elle résulte souvent de la combinaison d’un manque d’eau (déficit pluviométrique, manque d’eau dans le sol ou les cours d’eau), de températures élevées et d'une trop grande consommation d’eau. Elle survient lorsque la quantité de pluie des saisons passées est déficitaire et/ou que les prélèvements en eau dépassent la quantité d’eau disponible. Le manque de pluie l’hiver ou au printemps empêche le bon remplissage des nappes d’eau souterraine qui viennent soutenir le débit des cours d’eau pendant l’été. Les températures élevées ont pour conséquence une évaporation plus importante de l’eau disponible et un assèchement des sols.

Quelles conséquences sur la biodiversité ?

Tous les milieux naturels aquatiques et terrestres, habitats et espèces protégés ou non, sont impactés par le manque d’eau. Certains milieux, comme les rivières des départements méditerranéens, sont soumises à des assèchements fréquents. Les organismes de ces cours d’eau sont adaptés mais l’aggravation des sécheresses en durée et en intensité, ainsi que leur récurrence, affectent durablement la biodiversité de ces milieux.

La recolonisation des milieux n’est pas systématique. Les impacts non réversibles suite à une sécheresse sont majoritairement la perte de la diversité avec la diminution du nombre d’individus d’une espèce ou la disparition d’espèces. Un lien évident existe par exemple entre le manque d’eau, les diminutions du nombre d’espèces et la dégradation morphologique d’un cours d’eau (fragilisation des écoulements des cours d’eau karstiques avec des infiltrations accélérées dues à la sécheresse).

Le manque d’eau entraîne davantage de dysfonctionnements dans les petits et moyens cours d’eau en tête de bassin versant que dans les grands cours d’eau de plaine, en raison de leur plus grande sensibilité aux conditions climatiques. Les impacts sont spécifiques à chaque cours d’eau, mais les principales conséquences sur les habitats et le fonctionnement des milieux aquatiques sont :

  • l’élévation de la température de l’eau. La réduction de la vitesse de courant et de la hauteur d’eau rend les cours d'eau plus sensibles à la température de l’air et à l’ensoleillement. L’élévation de la température peut alors modifier directement la physiologie de certains organismes pouvant aboutir à leur mort en cas de stress thermique très important, et modifier les équilibres biologiques (phénomènes d’eutrophisation, développement de cyanobactéries, augmentation de la virulence de certains agents pathogènes...) ;
  • la fragmentation des cours d’eau (ou la rupture de la continuité écologique) : la baisse du niveau d’eau dans les rivières peut rendre certains obstacles, naturels ou non, infranchissables par les espèces aquatiques et peut également supprimer les relations entre les petits ruisseaux. Les déplacements des espèces aquatiques mobiles sont ainsi limités et leur cycle de vie se trouve bloqué à des périodes critiques (exemple des poissons migrateurs) ;
  • la modification de la qualité physico-chimique de l’eau. Une baisse importante des débits de l’eau peut limiter la dilution et l’évacuation des polluants, et ainsi augmenter leur concentration dans certaines portions de cours d’eau ;
  • l’accélération de la prolifération d’espèces exotiques envahissantes. Face aux sécheresses récurrentes, c’est l’ensemble du cortège faunistique et floristique qui est modifié, avec une disparition des espèces autochtones les plus sensibles au profit d’espèces plus tolérantes comme les invasives.

Quel est le contexte cette année ? 

Bien que la majorité du pays ait bien été arrosée par les pluies depuis la sécheresse sévère de l’été dernier (pluviométrie excédentaire de plus de 10%), l'hiver 2019-2020 a été le plus chaud en France depuis le début du XXème siècle (température moyenne supérieure à la normale de 2,7 °C et ensoleillement excédentaires de 10 à 30%).

Le printemps 2020 a été marqué par une douceur généralisée sur l’ensemble du territoire, par des épisodes pluvieux intenses dans le Sud (Roussillon, Corse, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Provence - Alpes - Côte d'Azur) et par un temps sec et ensoleillé sur le nord de la France.

La douceur a persisté en mai (température moyenne mensuelle de 1,5°C au-dessus de la normale) et la pluviométrique, bien que géographiquement contrastée, a souvent été déficitaire de plus de 25% sur une grande partie nord du pays (du nord de la Nouvelle-Aquitaine à la vallée du Rhône et de la Bourgogne à l'Alsace).

Les conditions sur une grande moitié nord du pays ne sont pas propices au maintien des écoulements superficiels, des assèchements ou rupture des écoulements ont d’ailleurs été observés sur certains cours d’eau de tête de bassin versant dès la fin du mois de mai. La baisse des niveaux s’est accentuée en juin particulièrement dans le Nord-Est et le long de la vallée du Rhône. Une tendance à la dégradation de ces milieux est notable sur les départements des Ardennes, de l’Oise, du Cher, de la Nièvre, de la Côte-d’Or et du Gard. La vigilance est donc de rigueur sur ces secteurs.

Après une recharge des nappes particulièrement abondantes sur l’ensemble du territoire, les tendances sont hétérogènes. La situation est également moins favorable sur une large partie nord-est de la France : les nappes de la plaine d’Alsace, des couloirs de la Saône et du Rhône et de l’est du Massif Centre.

Comment mesure-t-on la sécheresse ? 

Les éléments qui permettent d’apprécier l’état de la ressource en eau - la pluviométrie, la quantité d’eau dans les rivières, le niveau des nappes souterraines, le taux d’humidité des sols, le remplissage des retenues, les écoulements des petits et moyens cours d’eau - sont mesurés tout au long de l’année. Une synthèse est réalisée tous les mois dans un bulletin de situation hydrologique (BSH).

Les agents de l’Office français de la biodiversité contribuent à ce dispositif de suivi. En fin de mois, de mai à septembre, ils vont observer visuellement les écoulements des petits cours d’eau dans le cadre de l’Observatoire national des étiages (Onde). Ces observations peuvent être complétées par des campagnes mises en œuvre à leur propre initiative ou à la demande des services de l’État. Les observations visuelles réalisées par les agents sont accessibles à tous sur le site de l’observatoire national des étiages : http://onde.eaufrance.fr/

Les données Onde, ainsi que les faits marquants concernant les impacts du manque d'eau sur les milieux aquatiques, présentés par les agents de l’OFB lors des instances locales de suivi de la sécheresse, doivent permettre de mieux anticiper la crise et deviennent une aide à la décision pour d’éventuelles restrictions d’usages de l’eau. La carte des arrêtés de restriction d’eau est consultable à tout moment sur le site Propluvia

Les données Onde étant recueillies aux mêmes périodes depuis 2012, il est possible de réaliser des comparaisons interannuelles des situations à la même période, ou de suivre l’évolution de l’intensité des sécheresses estivales année après année. On note une intensification sur les 3 dernières années (2017-2019).

Comment chacun peut se mobiliser et devenir acteur pour mieux suivre la sécheresse ?

Chaque citoyen peut devenir observateur et participer à la surveillance de l’écoulement des cours d’eau via le programme de sciences participatives En quête d’eau porté par l’OFB. Cette mobilisation des citoyens vise à améliorer la connaissance des écoulements de nos cours d’eau (fleuves, rivières, ruisseaux) de France métropolitaine.

Comment participer ? Tout au long de l’année, via son propre smartphone ou en remplissant une fiche d’observation sur le terrain que l’on peut ensuite saisir sur le site d’En quête d’eau.

Comment sont prises les mesures de restriction d’eau ?

Pour garantir une juste répartition de l’eau entre les différents usages (eau potable, agricole, industriel, énergétique…) tout en maintenant des conditions satisfaisantes pour le fonctionnement biologique des milieux aquatiques, différents niveaux d’eau minimums à ne pas franchir dans les cours d’eau et les nappes d’eau souterraine sont déterminés. Dès que ceux-ci sont atteints, les préfets de départements peuvent enclencher des mesures de restrictions des prélèvements, limitées dans le temps et sur un périmètre précis.

Des travaux de recherche sur la prévision des étiages et des niveaux de nappes sont en cours afin de mieux anticiper les sécheresses et de limiter ainsi les mesures de restrictions d’eau.

Quelles solutions à plus long terme ?

Dans les territoires en état de sécheresse récurrent, des études sont mises en œuvre pour quantifier les volumes prélevables (par rapport à la ressource en eau disponible) pour limiter les périodes de restrictions à des sécheresses exceptionnelles. Ces études servent de point de départ pour une concertation avec tous les acteurs concernés afin d’élaborer un programme d’actions permettant le retour à l’équilibre quantitatif du bassin, c’est-à-dire l’équilibre entre les prélèvements et la ressource en eau disponible.

Ces programmes doivent s’appuyer en premier lieu sur des actions d’économie d’eau dans tous les secteurs. Si ce n’est pas suffisant, des actions de transfert d'eau à partir de  prélèvements dans des ressources non déficitaires ou des actions de stockage à partir de  prélèvements en dehors de la période de basses eaux, peuvent être envisagées, si  elles sont  financièrement  pertinentes  et  efficientes dans la durée sous changement climatique.

En effet, depuis les années 1990, les retenues d’eau, infrastructures permettant de stocker de l’eau, se sont multipliées en France à la fin du 20ième siècle pour faire face à la variabilité de la ressource en eau. La demande de création de telles retenues risque de s’accroître, en réponse au changement climatique. Cependant, plusieurs études ont montré que cette solution n’est pas optimale pour gérer les problèmes de déficit en eau à court ou long terme : perte d’eau pour le cours d’eau en aval surtout pendant les années sèches , blocage du transit des sédiments, hausse de la température de l’eau, capacité de remplissage en baisse due à cette multiplication et au changement climatique… L’impact cumulé de ces retenues influence négativement les usages de l’eau et les écosystèmes aquatiques à l’aval souvent jusqu’aux estuaires et aux zones côtières. Par ailleurs, elles induisent une dépendance accrue de certaines activités économiques aux infrastructures d’approvisionnement en eau, ce qui renforce leur vulnérabilité en cas de pénurie d’eau récurrente.

Les solutions préconisées pour avoir un territoire plus résilient face aux épisodes de sécheresse visent plutôt à retenir l’eau dans les sols, à lutter contre le gaspillage d’eau et à adapter les usages et notamment les pratiques agricoles aux ressources en eau disponibles pour limiter la dépendance à l’eau.

Quel est le rôle de la police de l’eau ? 

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Dans chaque département sous l’autorité du préfet, la mission interservices de l’eau et de la nature, dont fait partie l’Office français de la biodiversité, pilote les stratégies de contrôle à mettre en œuvre sur leur périmètre.  

Sensibilisation à la réglementation, contrôle des prélèvements et du maintien d’un niveau minimum dans les cours d’eau… les  inspecteurs de l’environnement répartis sur tout le territoire veillent au quotidien au respect des mesures de restrictions. Ils sont ainsi habilités à constater les infractions et à évaluer les dommages subis.