Comment bien se nourrir tout en préservant la biodiversité

Pour nourrir bientôt 10 milliards d'humains, il faut préserver la biodiversité, garde-manger de l’humanité. Mais ce ne sera pas possible si l'on cherche à généraliser le modèle occidental, riche en calories et en viande. Manger doit aussi être bon pour la planète. Les systèmes alimentaires doivent donc respecter l’environnement, la biodiversité, le bien-être animal, tout en offrant un accès à une alimentation de qualité pour tous.

Une priorité : lutter contre le gaspillage

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En France, 10 millions de tonnes d'aliments sont gaspillées chaque année, soit 150 kilos par personne. Crédit photo : RitaE / Pixabay
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En France, 10 millions de tonnes d'aliments sont gaspillées chaque année, soit 150 kilos par personne. Aussi est-il primordial de réduire ce gaspillage pour réduire les parcelles cultivées qui grignotent des espaces naturels, limiter la surproduction, consommer moins d'eau, traiter moins de déchets et diminuer les émissions de gaz à effet de serre des Français.

Au niveau individuel, mieux vaut n'acheter que ce dont on a besoin.

Il existe aussi de multiples astuces pour éviter de jeter de la nourriture : établir ses menus à l'avance, faire une liste de courses, vérifier les dates de péremption en magasin, bien ranger son frigo en mettant en évidence les aliments qui vont bientôt se périmer, cuisiner les restes de repas, acheter des invendus à bas prix

Au niveau collectif, des initiatives commencent à se mettre en place :

  • Dans la distribution, la loi oblige les grandes surfaces à donner les produits alimentaires invendus à des associations.
  • Dans la restauration, les restaurateurs doivent désormais proposer à leurs clients un « doggy bag » (contenant réutilisable ou recyclable pour ramener les restes de leur repas).
  • Certaines cantines scolaires incitent les enfants à peser les déchets alimentaires pour leur permettre de prendre conscience du gaspillage et offrent des portions de taille variable, afin que les enfants puissent choisir en fonction de leur appétit. Ainsi, la ville de Mouans-Sartoux propose des plats « Petite faim » et « Grande faim ».

Changer nos modes de consommation

En changeant leurs habitudes alimentaires, les consommateurs peuvent inciter les agriculteurs et les industriels de l'alimentation à revoir leurs modes de production et de transformation des aliments. Un bon moyen d'agir concrètement pour la biodiversité.

Manger moins de viande mais de meilleure qualité

Pour être en bonne santé, il faudrait consommer moins de protéines et surtout moins de protéines d'origine animale (viande, charcuterie, produits laitiers…).

Ce changement de régime alimentaire serait également bon pour la biodiversité, car l'élevage intensif contribue aux émissions de gaz à effet de serre et à la pollution de l'eau par les déjections des animaux.

Aussi, mieux vaut manger moins de viande et privilégier une viande issue d'un élevage extensif, en l'achetant directement auprès du producteur.

Autre solution : acheter de la viande bio ou Label Rouge, car les animaux ont accès au plein-air et sont nourris avec de l'herbe et des céréales produites essentiellement sur la ferme où ils sont élevés.

Elevage. Crédit photo : Philippe Massit

Réhabiliter les légumineuses

Ce sont les grandes oubliées de nos assiettes, et pourtant les lentilles, haricots secs, fèves, pois chiches... ont de nombreux atouts. Riches en protéines, en fibres et en minéraux (fer, zinc...) ces aliments sont une très bonne alternative à la viande. Mieux vaut les associer à des céréales, riz, blé ou maïs, qui contiennent d'autres formes de protéines, afin d'avoir une alimentation équilibrée. Intéressantes pour la santé, les légumineuses sont des alliées de la biodiversité car elles favorisent l'activité des micro-organismes du sol et améliorent sa fertilité.

Consommer bio, local et de saison

Opter pour des fruits et légumes bio, c'est privilégier une agriculture qui n'utilise pas d'engrais chimiques qui polluent l'eau, ni de pesticides qui risquent de tuer ou d'altérer la santé de nombreux êtres vivants. De plus, en choisissant des produits locaux et de saison, on limite ses émissions de gaz à effet de serre. Aussi, mieux vaut bien regarder les étiquettes avant d'acheter.

Comment manger mieux sans dépenser plus

  • Acheter des produits brut peu ou pas transformés (fruits et légumes, céréales, légumineuses...)
  • Ne pas gaspiller les produits achetés
  • Préférer les achats en vrac, pour acheter la juste quantité
  • Faire des achats groupés avec ses voisins
  • Rejoindre un supermarché collaboratif pour avoir accès à des produits de qualité bon marché en échange de quelques heures de travail
  • Faire pousser des légumes et planter des arbres fruitiers. Si l'on n'a pas de terrain, se renseigner auprès de sa mairie pour savoir s'il y a des jardins partagés ou familiaux dans la commune ou bien cultiver sur son balcon.

> En savoir plus : https://librairie.ademe.fr/consommer-autrement/977-comment-manger-mieux-sans-depenser-plus-.html

Faire évoluer les pratiques agricoles

Le destin de l'agriculture et celui de la biodiversité sont intimement liés. L'agriculture a besoin de la biodiversité pour continuer à nourrir les humains, mais certaines formes d'agriculture ont des impacts lourds sur l'environnement. Il est nécessaire d'opter pour des pratiques qui respectent le vivant.

Diversifier les formes d'agriculture 

Des champs où s'étendent des monocultures à perte de vue, de gros tracteurs qui labourent ou épandent des pesticides, tel est le principal visage de l'agriculture aujourd'hui dans les pays développés. Mais il n'existe pas un seul modèle d'agriculture transposable partout, mais une diversité de formes d'agriculture adaptées à chaque situation (en fonction du climat, du sol, de l'histoire de chaque territoire...) : agriculture familiale, agriculture biologique, agriculture de conservation, agroforesterie... Ces pratiques agricoles qui recherchent un compromis entre la recherche de rendements intéressants et l'adaptation à leur territoire peuvent contribuer à restaurer la biodiversité tout en étant moins vulnérables face au changement climatique.

Plus vulnérables, les monocultures nécessitent l'emploi de pesticides pour limiter l'apparition d'insectes, de champignons ou d'herbes indésirables. Mais ces produits tuent aussi d'autres espèces vivantes ou les affaiblissent. Crédit photo : Franck Barske / Pixabay
Dans un verger, les poules apprécient l'ombre des arbres ainsi que les insectes qui s'attaquent aux fruits. Crédit photo : Oohajo / Pixabay

Développer l’agroécologie

L'agroécologie s'appuie sur le fonctionnement de la nature. Elle introduit de la diversité dans les cultures et l'élevage, respecte la vie du sol, recrée des espaces naturels et limite l’utilisation d'intrants (engrais chimiques, pesticides, antibiotiques). C'est une voie d'avenir car elle préserve la biodiversité tout en restant productive. L'agroforesterie est une forme d'agroécologie, car les arbres et arbustes contribuent par leurs racines et leurs feuilles mortes à améliorer la vie des sols et fournissent à un habitat à de nombreuses espèces. L'agriculture biologique est aussi considérée comme de l'agroécologie car elle s'attache à préserver les équilibres naturels.

Préserver la biodiversité domestique

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Différentes races peuvent se côtoyer dans un même pré. Crédit photo : Aitorstudio / Pixabay
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Quand un agriculteur cultive différentes espèces, il risque moins de voir ses champs ravagés par des insectes. Il est aussi moins vulnérable face aux inondations, aux sécheresses : si certaines plantes ont besoin de beaucoup d'eau pour pousser, d'autres se contentent de peu. De même, quand un éleveur possède différentes espèces animales ou différentes races d'une même espèce (de vache, de mouton...), il risque moins de voir son troupeau décimé par un virus. Pour réintroduire cette biodiversité domestique, les agriculteurs peuvent compter sur des conservatoires comme le Conservatoire des races d'Aquitaine pour les animaux ou le Conservatoire national des Plantes à Parfum, Médicinales et Aromatiques.

Maintenir des prairies permanentes

Une prairie, ce n'est pas seulement de l'herbe. C’est surtout un écosystème très riche qui accueille de nombreuses espèces végétales et animales, filtre l'eau, stocke le carbone... On la dit permanente quand elle n'est pas labourée (ou très rarement). Pour préserver sa richesse écologique, il faut y pratiquer un élevage extensif.

Relocaliser l'agriculture et l'alimentation 

En créant des ceintures maraîchères autour des villes et des fermes urbaines, on peut renforcer l'autonomie alimentaire des territoires et diminuer les émissions de gaz à effet de serre. C'est aussi un moyen de lutter contre l'artificialisation des sols, de faire revenir les pollinisateurs... En France, la multiplication des Projets Alimentaires Territoriaux (PAT) permet de soutenir l'installation de nouveaux agriculteurs et de développer la consommation de produits locaux.

Vers des pratiques de pêche durable

Pour restaurer la biodiversité marine et pouvoir continuer à manger des produits de la mer, des mesures doivent être prises tant au niveau international qu'au niveau individuel.

Agir au niveau individuel 

Que l'on soit pêcheur amateur ou simple consommateur, voici quelques principes à respecter pour ne pas trop peser sur la biodiversité marine ou d'eau douce :

  • Ne pas pêcher de poissons trop petits et ne pas en prélever trop au même endroit.
  • Chez le poissonnier, préférer les poissons sauvages aux poissons d'élevage car l'aquaculture contribue à polluer l'environnement par les déjections des poissons et les traitements utilisés. En outre, la plupart des poissons d'élevage sont carnivores et nourris à la farine de poisson.
  • Choisir plutôt des espèces de petite taille dont les stocks sont plus abondants : sardines, anchois, maquereaux...
  • Opter de préférence pour des poissons pêchés à la ligne, au casier, au filet, des techniques de pêche qui ont moins d'impact sur l'environnement.
  • Consommer des poissons ou des mollusques avec modération .
Etal poissonnerie. Crédit photo : Gburrull / Pixabay
Boîte de sardines. Crédit photo : Monicore / Pixabay
Pêcheur à la ligne. Crédit photo : BarbaraJackson / Pixabay

Agir au niveau international 

Des biologistes et de nombreuses associations de protection de la nature demandent que les États prennent des mesures fortes :

  • Éliminer les subventions qui favorisent la surpêche comme celles qui portent sur la modernisation des flottes et diminuer les exonérations de taxes sur les carburants.
  • Interdire les pratiques les plus destructrices dans les zones sensibles (pêche à la dynamite, chalut de fond...).
  • Augmenter le nombre d'aires marines protégées, notamment les aires marines sous protection forte qui interdisent la pêche et l'extraction des ressources minières, qui sont beaucoup plus efficaces pour la restauration de la biodiversité, selon une étude du CNRS portant sur la mer Méditerranée.
  • Appliquer des quotas de pêche durable et lutter contre la pêche illégale qui détruit les écosystèmes marins. Ainsi, grâce à de telles mesures et grâce à un plan d'urgence mis en place à la fin des années 1990, la population de merlus dans le Golfe de Gascogne et en mer celtique a augmenté.